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L’expérience intérieure, communication et poésie chez Georges Bataille

Dans le livre éponyme, l’expérience intérieure cherche les moyens de reculer perpétuellement la limite du possible, de dissoudre le sujet vécu et l’objet de connaissance, en atteignant leur point d’incandescence. L’auteur souhaite se livrer à l’inconnu dont aucun terme ne vient fixer la limite. L’épaisse couche des significations se déchire alors au regard d’une expérience qui d’angoisse en extases, se voue aux états les plus extrêmes de la pensée.


L'expérience intérieure, communication et poésie chez Georges Bataille

Le schéma de l’expérience intérieure est mystique. Le sujet véritable n’est pas le moi empirique : c’est le renoncement au « moi » individuel, envahi et dompté par l’expérience. A la différence de la mystique chrétienne, cependant, cette « domination » vient ici d’ « en bas ». et cet effondrement ne mène à aucune salvation, l’expérience pour Bataille fonde son autorité sur elle-même, comme l’œuvre poétique, par des moyens similaires accède à son autonomie dans l’expérience poétique de Rimbaud.

L’expérience intérieure, ainsi, est conçue sans terme qui vient la fixer, comme une dynamique dialectique sans fin et sans but, que Blanchot, en particulier, nomme la contestation, mouvement qu’il décrit à propos Bataille mais aussi à propos d’autres textes d’obédience mystique que Bataille évoquait lui-même. Selon lui, celle-ci se nourrit de cette tentative d’achèvement toujours mise à défaut, toujours recommencée, qui se poursuit elle-même sans fin comme une « recherche gémissante ».

Cette expérience intérieure fait appel à ce que Bataille appelle la « communication ». Ce terme avait été utilisé par Bataille dès ses conférences de sociologie pour désigner des actes non médiatisés par le langage. Pour forger son concept, Bataille procède par la perversion du sens commun de communication. Il déplace le champ de référence philosophique/ Bataille souhaite aller à l’encontre de toute théorie communicationnelle traditionnelle qui considère le langage comme vecteur du lien social.Il est difficile de proposer une définition positive d’une telle notion .

Il est en effet inconcevable ds la pensée de Bataille d’en proposer un sens limité, car en cadenassant la signification Bataille contredirait à l’exigence d’inassouvissement du sens, et , à la nature même de ce qu’elle aurait défini.

On peut tenter seulement de proposer définitions négatives qui permette de l’approcher : « la communication est une perte de conscience. » Elle ne contribue à établir aucun savoir positif. Au contraire, rompant avec le processus cumulatif et spéculatif du discours : elle est une déchirure sur le non-savoir : « Le sacrifice est la folie, la renonciation à tout savoir, la chute dans le vide, où rien, ni dans la chute, ni dans le vide n’est révélé. »

Si la communication ne peut être définie, ses conditions d’émergence sont décrites - les formes qu’elle peut prendre, sont nommés. Dans Le coupable, « l’inachèvement, la blessure, la douleur sont nécessaires à la communication. L’achèvement en est le contraire ».

La communication apparaît surtout dans des expériences non-médiatisés par le langage, ou plutôt par le discours : rire, extase, supplication. On peut encore la percevoir dans le négatif de sa définition moderne.

On sait en effet ce qu’elle n’est pas. La communication chez Bataille a bien peu à voir avec ce que le monde post-industriel et médiatisé appelle la communicabilité, ce mot-clé de notre Occident désorienté auquel Valere Novarina voulait opposer il y a peu avec un accent très bataillien l’expérience de l’écriture : « Nous finirons un jour muets à force de communiquer. Nous deviendrons enfin égaux aux animaux, car les animaux n’ont jamais parlé mais toujours communiqué très-très bien. Il n’y a que le mystère de parler qui nous séparait d’eux. A la fin de l’histoire, nous deviendrons des animaux : dressés par les images et hébétés par l’échange de tout, avec la vente pour destin, réduits en bêtes de transits, redevenus les mangeurs du monde et une matière pour la mort. La fin de l’histoire est sans parole. A l’image mécanique et instrumentale du langage que nous propose le grand système marchand que va partout répandre notre Occident désorienté (…) j’oppose notre descente dans les mots, dans la nuits de notre corps, et l’expérience intérieure que tout parlant, que tout parleur d’ici fait de la parole. [1] »

La communication est alors de toute forme de compétence communicationnelle non seulement le brouillage, mais la critique radicale, en cela aussi qu’elle n’a pas la valeur pragmatique que nous attribuons d’ordinaire à la faculté de nous comprendre.

Du point de vue du langage, l’expérience intérieure : est ainsi l’expérience par laquelle bataille entend crever,l’ écran qui s’interpose entre le sujet et le monde : le discursif.Contrairement à ce qui d’habitude est admis, le langage n’est pas communication ms sa négation, du moins sa négation négative comme dans le tél (ou la radio).Bat le coupable op.cit. P308 : « Je propose d’admettre comme une loi que les êtres humains ne sont jamais unis entre eux que par des déchirures ou des blessures : cette notion a pour elle-même une certaine force logique » Rien n’est sauvegardé de l’intégrité de l’être ni d’une unité, illusoire selon B du moi. Le Sacrifice ou l’acte sexuel se ressemblent en ce que leur violence fait tomber les limites ordinaires de l’être [2].

Bataille entretient dès lors un rapport ambigu avec l’écriture. Quoique le langage lui apparaisse nécessaire pour exprimer l’expérience intérieure, il reste irréductible voire étranger à ce qu’il nomme la communication. L’expérience ne peut s’exprimer qu’à condition de se délivrer du discours, et de s’affranchir du projet. Mais c’est selon lui chose impossible, Ne pouvant les exclure, il utilise les failles du langage, le pousse jusqu’à la déréliction comme la poésie le fait parfois afin d’exprimer l’insaisissable. l’écriture de l’expérience intérieure cherche à abîmer le langage.

Le style suffocant, et écorché de Bataille, fait de digressions en témoigne, qui pour parler après Paulhan, relève d’une tendance terroriste.Nul ne contestera le caractère sacré de la poésie : dès le moment où la poésie est autonome et ne se borne plus à l’expression de quelque réalité déjà sacrée, la poésie opère elle-même et communique par elle-même tout le tremblement du sacré. (Bataille vol XI éléments du surréalisme, 1947, p260) La seule forme d’expression que l’écrivain de l’histoire de l’œil loue est la poésie en tant qu’elle permettrait de passer du connu à l’inconnu.

Elle nous délivre de l’instance de la raison pratique, de la logique et à ce titre voisine le sacrifice et l’érotisme, ces modes de dépense (ou communications) qu’il décrira dans la part maudite. En poussant le langage jusqu’à ses propres limites, la poésie nous livre, dans son échec à étreindre le monde, des fragments qui illuminés le temps de leur lecture, s’ouvrent à l’illimité et se désistent des enjeux du projet.

Cependant, si l’écriture poétique est cette déchirure faite dans la chair même du langage, l’« holocauste des mots » qu’elle nécessite n’est pas si achevée qu’il n’y paraît de prime abord. Limitée par l’œuvre, (ou le poème) d’une part, qui lui soumet ses exigences de durée, et par le matériau qu’elle emploie, ces mots qui, même pervertis entretiennent avec l’auteur et le lecteur un rapport de familiarité,la poésie reste toujours tributaire du langage dont Bataille a souligné longuement les défauts. La nature de la poésie est donc pour Bataille ambiguë.

Si l’auteur lui concède son pouvoir particulier, il désire la surmonter dans l’expérience intérieure et dans Sur Nietzsche. Le sous-titre qu’il avait pensé donner à la somme athéologique est d’ailleurs : par-delà la poésie.).

Il s’appuie en particulier, sur l’expérience de Proust pour souligner les impasses de ce genre littéraire qu’il pousse volontairement jusque dans ses ultimes retranchements.. Dans ce texte consacré à l’expérience proustienne qu’il rapproche de ce qu’il définit dans l’expérience intérieure, Bataille consacre une digression à la poésie surréaliste. Selon lui, celle-ci atteint un sommet. Mais elle n’a pas su retenir la leçon rimbaldienne.

Si comme le pense Bataille, la contestation rimbaldienne reste encore indépassable (la sortie orgueilleuse de la poésie), les poètes après Rimbaud sont condamnés à rester dans son ombre, à ressasser la révolution poétique que le poète a exercé sur ce genre, tout en lui ôtant sa contestation ultime. Doivent-ils ainsi occuper leur énergie à tenter de réévaluer un genre qui a été ébranlé par le poète maudit ? Que l’esprit de la poésie subsiste, qu’elle soit même fortifiée par la contestation rimbaldienne, cela ne fait aucun doute pour Bataille. Mais elle ne peut conserver les formes qui lui a valu cette contestation.

Elle doit désormais s’incarner dans des nouvelles d’expérience, pour vivre et pour se dépasser, selon Bataille. Il entend durablement métamorphoser la poésie, en substituer l’expérience intérieure à elle, la dépasser dans cet amour même qu’il éprouve pour elle. Comme son nom l’indique, la philosophie s’est écartée de la sagesse antique tout en se fondant sur l’ amour même de cette celle-ci, c’est une tâche analogue à celle de la philosophie que Bataille entend s’imposer. Il lui incombe de dépasser la poésie et son sommet, que représente pour lui Rimbaud.

Le mouvement surréaliste n’a pas réussi à accomplir une révolution complète ; Bataille veut mener celle-ci, contre le surréalisme, et dans sa continuation., métamorphoser durablement la poésie, en substituant à elle, l’expérience intérieure affranchie de Dieu, qui la dépasse selon lui, dans cet amour (philia) même que Bataille éprouve vis-à-vis de ce mouvement.

(NOTE=, à la place de la verve féroce des écrits des années 30 où Bataille entendait dégonfler les prétentions idéalistes de la poétique surréaliste, une critique plus ambiguë se met en place vis-à-vis de cette mouvance et plus généralement de la poésie. Quoique violente, et mieux dirigée, sa critique ne se fait pas sans concession à l’égard de la force poétique du surréalisme. .

Notes

[1V Novarina libé 23 24 fevr 1991, p 15

[2le collège de socio O.C vol II op.cit ? O 369

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